... Je ne dirai jamais assez ce que les atrocités de notre temps doivent à
une pensée qui totalitairement vise à la formulation structurée de ce que doit être l'homme
meilleur.
Le souverain bien, présenté comme tel, n'est qu'apparent.Eviscéré,
ce despotisme des belles paroles et de grands sentiments est appelé à déchaîner, au
fur et à mesure qu'il s'érigera en monopole moral absolu, des forces qui seront d'autant
plus mauvaises et imbéciles, qu'elles auront été ignorées et «illégitimées».
Ni fondatrices de civilisation ni sources de valeurs, ces forces ne pourront
être identifiées à l'antique surabondance de vie, où violence et ivresse avaient leur
place dans l'accomplissement de l'homme.
La vraie inhumanité c'est déjà elles.
Le XXIe siècle, scientiste et froid, retentira d'un criminalité
abjecte, individuelle et collective, inconnue jusque-là. Car il est de stricte écologie
que d'affirmer qu'on ne joue pas plus impudément avec la nature humaine qu'avec la nature
terrestre.
Nous aurons droit à une révolte des sens contre le robot, mais cette
révolte sera nécessairement hideuse.
Voilà donc où me conduisent souvent mes réflexions, même tâtonnantes: à la
noire, la sauvage intuition que le pire a déjà commencé.
Extrait du livre : Le
Charme et l'Épouvante
écrit par Marcel Moreau
Du même auteur :
Comment faire confiance
à une humanité qui ne sait plus choisir qu'entre le totalitarisme aveulissant et le
libéralisme névrogène ? (...) Cette époque n'est qu'une basse histoire de
stupéfiants, de prolifération des opiums du peuple, un polythéisme abject à l'usage
des crétinisables. Toute société moderne, démocratique ou totalitaire, est
toxicomaniaque. L'idéologie est une came. La technologie, l'économisme, l'argent, le
plaisir, les murs, le travail et même la liberté en sont. Pourvoyeurs et
trafiquants nous gouvernent. Ils légifèrent, ils éduquent, nous cultivent dans le sens,
toujours plus poussé, des pertes de consciences, des abandons de souveraineté, des
jugulations d'hérésies.
La liberté
est devenue le mot le plus prostitué de l'histoire des mots et l'occident est son
meilleur client. La liberté est la providence des fainéants, des parasites, des escrocs,
des lâches, des mendiants, des médiocres, des assistés, des irresponsables et des
dominateurs. la liberté est aujourd'hui dans nos sociétés vermineuses, l'objection
majeure à la liberté de l'esprit.
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